 
12/1/2004
Le Monde, Tchang et le jeu des 7 erreurs
(ID:4467)

En dernière page du journal Le Monde daté du 10 janvier, riche en articles sur Tintin - comme il se devait -, Eric Fottorino a consacré sa chronique quotidienne à Tchang. Pourquoi pas? Malheureusement, son article pourrait servir à une nouvelle version du fameux jeu des 7 erreurs. Voyez plutôt:
L'ami de Tintin Un mauvais jour d'il y a trois ou quatre ans, en banlieue de Paris, un très vieux Chinois au volant d'une très vieille voiture percuta un autre véhicule à la façon de Bourvil et De Funès au début du Corniaud.Tôle plus que froissée, et vieux Chinois très commotionné.
Avant même les constats d'usage, on s'enquit de l'état du pauvre homme etla maréchaussée, se frayant un passage vers lui en fendant l'inévitable attroupement de badauds, entendit des propos inquiétants pour la santé mentale de l'accidenté.Il ne fut pas question de moule à gaufre, ni de sapajou, de blanc-bec et autres amabilités, encore moins de mille milliards de mille sabords.
Le vieux monsieur, dans son costume impeccable,seulement un peu chaviré de la cravate par sa manuvre périlleuse, était du genre distingué. Mais quand il fut question de le conduire au poste entre deux gendarmes, sa réplique fut admirable autant qu'inattendue. Le cri promettait de faire date, faute de faire mouche. Un cri magnifique, sorti du cur avec la plus touchante des candeurs : "Je suis Tchang, l'ami de Tintin !"On se figure un instant la tête des pandores qui, même avant les tribulations de Sarkozy en Chine, ne devaient pas manifester un humour débridé quand on se payait leur pipe. Ah oui, Tchang l'ami de Tintin ! Et nous on est les Dupondt, peut-être ? Et cette grosse dame là-bas, c'est la Castafiore ?
On ignore si le très vieux Chinois retourné en enfance se vit offrir le privilège de souffler dans un ballon. On sait en revanche de source sûre que, loin de finir au ballon, il sortit de l'échauffourée la tête haute, rétabli avec les honneurs dans son rang indubitable d'ami de Tintin. Et non des moindres.Car ce piètre conducteur n'était autre que l'honorable monsieur Tchang Tchong Jen, peintre de son état, devenu au début des années 1930 un intime d'Hergé.
Les deux hommes s'étaient perdus de vue des décennies durant. Mais ils avaient eu le bonheur de se retrouver en 1982 à Bruxelles, et Tchang avait élu domicile à Sceaux, là où, tête en l'air, il percuta une auto...
"Je suis Tchang, l'ami de Tintin !" S'ils l'avaient pris au sérieux, ceux qui ricanaient auraient appris que de sa main, certes plus habile qu'au volant, Tchang Tchong Jen avait dessiné tous les décors orientaux du Lotus bleu, imaginé les vases, les paravents et les draperies.
Il avait aussi réalisé les idéogrammes de l'album, comme celui où le conducteur de pousse-pousse, après avoir bousculé le vilain Occidental Gibbons, se fait frapper par lui. L'inscription en caractères chinois, proclame : "A bas l'impérialisme !" A trois reprises dans Le Lotus bleu, le personnage de Tchang, que Tintin a sauvé de la noyade, rend de fiers services au héros, le soustrayant ainsi aux noirs desseins des infâmes Mitsuhirato et Rastapopoulos. C'est donc à juste titre que, pour un banal accident de la circulation, Tchang pouvait se réclamer de Tintin. Les tintinologues, ou tintinophiles, ou tintinomanes (on lira la différence dans notre enquête pages 12 et 13) se souviennent que Tintin avait aussi porté secours à Tchang, disparu après un crash aérien au Tibet. Monsieur Tchang, le vrai, l'ami de Tintin, est mort peu après l'an 2000.
A la lecture de ce papier, j'ai adressé à Eric Fottorino le mot suivant:
Cher Monsieur, "Si non e vero...", comme on ne dit pas à Shanghaï ! L'anecdote qui sert de fil rouge à votre évocation, bienvenue par ailleurs, de l'ami Tchang dans l'édition de ce jour, suscite de ma part une grande réserve et je me prends à me demander si vous n'avez pas été la victime d'un faussaire tout droit sorti de "L'Alph-Art"! Passons sur le fait que Tchang, "le vrai", comme vous dîtes, est décédé en octobre 1998 -et non "peu après l'an 2000", ce qui rend douteux qu'il ait pu provoquer un accident de circulation "il y a trois ou quatre ans". Mais surtout, pour avoir été, pendant les douze dernières années de sa vie que le sculpteur chinois (car c'est ainsi qu'il se présentait, et non comme peintre) passa à Nogent-sur-Marne (...et non à Sceaux) un de ses "chauffeurs" attitrés pour l'emmener à quelque manifestation tintinophilique à Paris ou en Belgique, je crois pouvoir certifier ici qu'il n'était pas un "piètre conducteur" ...pour la bonne raison qu' il ne conduisait pas du tout.
Bien fidèlement Jacques Langlois ( un des "tintinos" évoqués par Marion Van Renterghem)
Ce à quoi il m'a répondu avec honnêteté ceci ce matin:
Cher Monsieur, D'abord merci pour votre message qui me jete dans la plus grande confusion. J'aurais dû me douter que l'histoire était un peu trop belle! L'ayant écrite au pied levé, tôt matin avant le bouclage, comme chaque jour, l'exercice est sans filet, et parfois périlleux, vous m'en donnez une nouvelle preuve! J'ai essayé de joindre ma source qui ce matin là comme depuis lors, reste muette!
Comme vous le dites,cette affaire sera peut-être à ranger au dossier des faussaires inspirés par Tintin!
Bien à vous et encore merci Eric Fottorino
(Objectif Tintin remercie Langlois, le capitaine Haddock, Struppi, Trifone Girasole, le docteur Rotule, Moulinsart & Georges Remi pour cet article :-)
Commentaire de léon:
Il est tout à fait normal que la source d'Eric Fottorino reste muette car j'ai l'impression que le numéro de téléphone qu'on lui a donné est le 431


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