 
30/8/2007
Eih Bennek, Eih Blevek
(ID:10214)

Lu dans Le Soir ce jeudi 30 août:
La chronique de l'été: hector Vandenklok: « Eih bennek, eih blavek »
Résidant à Klow depuis de nombreuses années, je suis toujours curieux et intéressé par ce qui se passe en Belgique. Je continue à lire attentivement la presse belge; cest ainsi que, le 9 août, mes yeux sont tombés sur le talentueux article que M. Eric Deffet consacre aux paroles fameuses du général Mac-Mahon « Jy suis, jy reste » (NDLR : disponible sur lesoir.be).
Remarquable à beaucoup dégards, le commentaire de M. Deffet gagnerait sans doute à être complété par un élément sur lequel je tiens à attirer votre attention. Je ne crois pas cette mise au point indigne de vos lecteurs ni de votre rubrique, dont elle reflète du reste pleinement lesprit.
Jaime à croire que la réticence du général à reconnaître la paternité de sa fière réponse sexplique par le refus de sapproprier ce qui ne lui appartenait pas. On peut aussi imaginer et, à vrai dire, lhypothèse me paraît des plus probables que limpavide officier a réinventé une formule qui existait déjà, par une de ces rencontres fortuites qui arrivent parfois entre les grands esprits, et dailleurs aussi les autres. « Jy suis, jy reste », « Eih bennek, eih blavek » est en effet la devise nationale de la Syldavie. Il est tout à fait normal que la chose ait échappé à Monsieur Deffet, car cette devise est presque toujours traduite par « Qui sy frotte sy pique », expression de sens très voisin en syldave mais non en français. La formule est donc antérieure de cinq siècles ; quil me soit permis de rappeler les circonstances de son apparition.
Dans la seconde moitié du XIVe siècle, le roi Ottokar IV, de la lignée des Almazout, créa une armée permanente, imposa son autorité à la noblesse et confisqua les terres des seigneurs les plus vindicatifs. Le fils dun des notables dépossédés, le baron Staszrvitch, reprocha au roi davoir été injuste. Il prétendit que ce dernier ne méritait plus, dès lors, de porter la couronne, quil réclama pour lui-même. Il allait semparer du sceptre du souverain quand celui-ci le brandit brusquement et lui fracassa le crâne. Devant le corps pantelant du baron téméraire, il déclara hautement : « Jy suis, jy reste ! ». Ces paroles devinrent sa maxime favorite, quil fit graver sur son sceau, puis la devise du royaume. Cette sentence lapidaire convenait à merveille pour un pays souvent menacé et envahi par son voisin bordure ; comme on sait, un de nos compatriotes a joué à ce propos un rôle déterminant. Encore un mot. Lignorance dont on témoigne à propos de la Syldavie ne laisse pas de métonner. Certes, léloignement et lenclavement du pays y sont pour quelque chose. Sa modeste étendue aussi, bien quelle ne lait pas empêché daccomplir ce brillant exploit lunaire qui fut aussi un peu le nôtre. Désireux de garder leurs distances vis-à vis du Saint-Empire puis de lAutriche et de lAllemagne, les Syldaves se sont longtemps considérés comme slaves, dont ils adoptèrent finalement lalphabet cyrillique. Mais il ne faut pas sy tromper : sil a subi diverses influences (gendarmaskaia), le syldave est bel et bien une langue germanique. Autrefois, quand il sécrivait en lettres latines, un familier du néerlandais pouvait presque lire le syldave dans le texte. Feu le professeur Nestor Halambique le répétait souvent : comment ne pas relever la charmante ressemblance entre « eih bennek, eih blavek » et « hier ben ik, hier blijf ik » ? La Syldavie est plus proche de nous quil ny paraît. Alors que ce pays sapprête à devenir membre à part entière de lUnion européenne, il serait temps de sen apercevoir. Ce courrier nous a été transmis par notre journaliste Jean-Frédéric Staes.
Coordonnées:
www.lesoir.be
(Objectif Tintin remercie Garhou, Milou, le professeur Tournesol, Dupont, capitano Haddock, Piotr Szut & Moulinsart pour cet article :-)


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