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7/7/2005
Entre bande dessinée et art moderne - Interview de Nick Rodwell
(ID:7372)

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Le journal belge L'Echo a interviewé cette semaine Nick Rodwell, patron de la Fondation Hergé et de Moulinsart SA.
L'Echo On vous qualifie souvent d'homme d'affaires dur et implacable. Etes-vous d'accord?
Nick Rodwell (NR) Premièrement, je ne suis pas un homme d'affaires et je n'ai pas reçu d'éducation en ce sens. C'est toujours délicat de classer les gens... De plus je déteste le mot.
L'Echo Préférez-vous le mot "entrepreneur"?
NR Non, c'est trop "sérieux". Je suis quelqu'un qui a travaillé 20 ans pour promouvoir l'oeuvre d'Hergé et protéger son image dans le monde; c'est ça, mon boulot. Je suis une personne, je suis marié, je travaille, je prends des vacances et je voyage beaucoup. Et je suis directement ou indirectement responsable des quelque 75 personnes qui travaillent ici.
L'Echo Vous avez créé de l'emploi, vous êtes donc entrepreneur...
NR Pour vous, sans doute, mais je ne vois pas les choses comme ça. Je suis toujours en partenariat avec tout le monde. J'adore le contact avec les gens et je n'ai pas envie d'être seul. Quand je suis arrivé en 1990 puis qu'Alain Baran est parti, je me suis retrouvé avec trois personnes; c'était assez minimaliste. Nous avons mis 15 ans pour reconstruire quelque chose d'assez intéressant. Et aujourd'hui, l'image de Tintin est extraordinaire. Je dis toujours que tout le monde a envie de travailler avec Tintin, avec l'oeuvre d'Hergé, mais personne n'a envie de travailler avec nous. Mais aujourd'hui, ils acceptent tous de travailler avec nous parce qu'ils y sont obligés, et ils découvrent que ce n'est pas si difficile.
L'Echo Depuis l'an 2000, Moulinsart est devenue une nouvelle entreprise?
NR Oui, parce que nous avons tout repris en main et que nous gérons désormais l'image de A à Z.
L'Echo Qu'est-ce qui a fondamentalement changé?
NR Nous ne travaillons plus par octroi de licences, comme les Editions Albert-René (Astérix) ou Walt Disney qui vendent des licences à des entreprises qui produisent. Nous faisons tout nous-mêmes, à quelques exceptions près. La philosophie de la maison est de tout contrôler. J'estime que lorsqu'on vend des licences, on vend une partie de son âme. Et je n'ai pas envie de le faire.
L'Echo Quel est le projet le plus important aujourd'hui pour vous?
NR Pour nous? Pour mon épouse, pour moi ou pour le public?
L'Echo Pour tous. N'est-ce pas la création du musée Hergé?
NR Cela se joue entre le musée et le film avec Spielberg.
L'Echo Ce dernier projet tient toujours?
NR Oui, mais les grands projets prennent souvent dix ans. Pour réaliser La liste de Schindler, Spielberg a pris dix ans. Ce sont de gros investissements qui requièrent beaucoup d'énergie et personne n'a envie de commettre de bêtise... Le musée est très important pour l'oeuvre d'Hergé. Le film est très important pour la promotion de son oeuvre. Nuance.
L'Echo Quel est leur état d'avancement?
NR Les deux projets continuent. Du côté du musée, nous travaillons avec Christian de Portzamparc, qui a fait la Cité de la Musique à Paris et qui est le seul architecte français à avoir gagné le prix Pritzker... Et côté film, cela se fait avec Spielberg et sa productrice Kathy Kennedy et cela avance très bien.
L'Echo Ne peut-on annoncer une date pour le film?
NR Ca ne fonctionne pas comme ça à Hollywood! Ils mènent vingt projets différents en même temps. Il faut attendre que le bon acteur soit disponible, que cela entre dans le planning, que les enfants de Spielberg soient en vacances pour pouvoir venir auprès de lui pendant le tournage... Beaucoup d'éléments entrent en jeu.
L'Echo Vous comparez-vous parfois à Uderzo et aux Editions Albert-René qui représentent une certaine façon d'exploiter une oeuvre? Il est vrai que la situation diffère puisqu'Uderzo est toujours vivant et qu'il continue de produire de nouveaux albums...
NR Vous ne pouvez pas comparer Hergé et son oeuvre à une autre. Walt Disney est une machine extraordinaire. Chez Uderzo, la fille de René Goscinny est toujours impliquée dans l'affaire et c'est un peu compliqué... Hergé se situe à part et on a envie qu'il le reste. A nos yeux, son oeuvre n'est pas de la bande dessinée, mais se situe entre la BD et l'art moderne. La raison pour laquelle nous essayons de la positionner différemment.
L'Echo N'existe-t-il donc pas d'équivalent?
NR J'estime que non, que c'est exceptionnel. Hergé est un grand artiste et nous nous préparons à fêter le centenaire de sa naissance en 2007. Ce sera aussi le centenaire de la naissance de son ami Tchang, qui était un grand sculpteur et aquarelliste et qui a déjà son musée à Shangai où nous étions il y a dix jours. Nous allons monter quelque chose qui montrera comment Hergé a travaillé avec Tchang et Tchang avec Hergé.
L'Echo La BD peut-elle toucher à l'art moderne?
NR A 100%. Nous négocions pour l'instant avec un grand musée en France en vue de monter une exposition, en 2006 ou en 2007, qui modifiera la vision du public vis-à-vis de la bande dessinée.
L'Echo Compte tenu de votre vision artistique, ne faudrait-il pas ouvrir une galerie permanente?
NR Cela revient à l'idée du musée Hergé... Il existe plusieurs possibilités: vous pouvez organiser des expositions temporaires qui voyagent ou monter une exposition fixe, ou encore combiner les deux. L'essentiel, c'est que l'oeuvre d'Hergé ne reste pas dans un coffre. Nous réalisons beaucoup d'expositions temporaires qui voyagent un peu partout dans le monde. Et en effet, nous voulons ouvrir un musée, mais c'est un grand projet et il ne s'agit pas simplement de le construire, il faut aussi le faire tourner tous les jours. Notre plus grande crainte concerne précisément le quotidien du musée, après l'ouverture.
L'Echo Craignez-vous que le musée stagne?
NR Je parle de la responsabilité de le faire vivre. On attendrait au minimum 200 à 250.000 visiteurs par an. Il faudrait donc beaucoup de personnel, au minimum 25 emplois, pour gérer tout ça. L'ensemble doit être bien réfléchi.
L'Echo Serait-ce trop ambitieux?
NR On se pose des questions. C'est le rêve de mon épouse, elle a envie d'avoir le musée. On l'aura mais ce sera une grande responsabilité car ce sera pour la vie, pas juste pour Noël...
L'Echo Il y a eu la mauvaise expérience du musée Jijé...
NR J'en ai parlé avec Freddy Thielemans, le bourgmestre de Bruxelles. Il m'a confié que, dès le vernissage, il avait dit aux fondateurs que ça ne fonctionnerait jamais et qu'il ne pourrait pas les aider. Je ne pense pas non plus que ce soit la bonne façon de travailler: ne pas avancer, puis après, demander de l'aide. Nous, nous avons le budget, mais reste une question d'organisation: on ne peut pas organiser dix expositions et créer un musée en même temps. Nous préparons le festival Tintin, qui prend une grande ampleur, plus les expositions, plus le centenaire de la naissance d'Hergé... On ne peut pas tout faire. Nous sommes une petite équipe. Mais la société est très saine aujourd'hui alors qu'auparavant, nous avions rencontré des problèmes. On a tout repris en main, ça a été dur pendant quelques années, mais à présent on est arrivé à quelques choses de solide.
Propos recueillis par John Erler et Michel Lauwers - Copyright L'Echo - Samedi 2 juillet 2005
(Objectif Tintin remercie Snowy, le capitaine Haddock, Dupont, Trifonius Zonnebloem, Piotr Szut & le docteur Rotule pour cet article :-)
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