 
Poulet (Robert)
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Né en 1893 dans une famille de la bourgeoisie liégeoise, Robert Poulet a suivi un itinéraire esthétique et politique proche de celui de l'écrivain français Drieu la Rochelle. Il a 21 ans lorsque éclate la Grande Guerre: il combat avec bravoure et restera profondément marqué par l'expérience du feu. L'armistice proclamé, il est d'abord attiré par le dadaïsme avant de se convertir au fascisme dont le modernisme enthousiasme une partie de la jeunesse européenne. Lecteur infatigable, grand admirateur de Proust, il publie son premier roman, "Handji", en 1931 chez Denoël et Steele. Ses éditeurs sont aussi ceux de Louis-Ferdinand Céline: Robert Poulet défend "Voyage au bout de la Nuit" comme il défendra les ouvrages à venir du créateur de Bardamu. Décidé à combattre dans l'arène politique, Poulet devient le plus redoutable polémiste du quotidien "La Nation Belge". Sous le pseudonyme d'Orlando, il signe également une chronique dans "L'Ouest", le journal neutraliste de Raymond De Becker. Est-ce dans les coulisses de cet hebdomadaire confidentiel qu'il croise Hergé pour la première fois? Là ou ailleurs, c'est bien à cette époque que naît entre le romancier et le dessinateur une amitié qui ne manquera pas de s'approfondir avec les épreuves. En 1940, une fois la Belgique occupée, Robert Poulet se rallie à une collaboration conditionnelle: Hitler et l'Allemagne, pourquoi pas? Mais le roi Léopold et la Belgique avant tout! Il accepte le poste de rédacteur en chef du "Nouveau Journal" et se voit en maître à penser d'une sorte de "révolution nationale à la belge". Il disparaît des colonnes du quotidien au début de l'année 1943 lorsque ses amis choisissent de soutenir Léon Degrelle sans condition. En octobre 1943, il est sollicité par les Allemands pour succéder à De Becker à la tête du "Soir" mais il refuse, préférant se consacrer davantage à son uvre littéraire. Robert Poulet est arrêté lors de la libération de Bruxelles et se retrouve aussitôt incarcéré. En octobre 1945, il est condamné à être fusillé en place publique: il passera six années en cellule sans que la sentence soit exécutée. Il est finalement libéré en 1951 mais contraint à l'exil. Hergé, qui n'a cessé de correspondre avec lui durant son incarcération, lui prête de fortes sommes d'argent afin qu'il puisse se loger décemment en banlieue parisienne. Le père de Tintin ne manque jamais de lui envoyer un exemplaire de chaque nouvelle aventure de son héros, numéroté et dédicacé. En échange, Robert Poulet lui fait parvenir ses livres et les articles qu'il écrit pour le journal d'extrême droite "Rivarol" et pour l'hebdomadaire satirique bruxellois "Pan" (sous le pseudonyme de Pangloss). C'est aussi grâce à Poulet qu'Hergé apprend à mieux connaître l'uvre de son écrivain favori: Henry de Montherlant. Robert Poulet, figure de l'anarchisme de droite et du rigorisme catholique, devient à compter de la fin des années cinquante l'un des meilleurs critiques littéraires de langue française. Beaucoup achètent "Rivarol" uniquement pour lire ses brillants comptes-rendus. Lorsque Hergé lui avoue sa passion pour l'art contemporain, il hausse les épaules et critique le snobisme du dessinateur. Les deux amis ne se fâchent pas pour autant et, lorsque Hergé disparaît, Robert Poulet lui consacre un long article intitulé "Adieu Georges" dans "Rivarol" (n° 1667 du 18 mars 1983). C'est dans cet article qu'il écrit la phrase désormais fameuse puisque longuement commentée par Pierre Assouline dans son "Hergé": "Il [Hergé] fut la providence des inciviques, le grand recours des honnis et des bannis dont il connaissait la parfaite honnêteté". Poulet l'"honnête homme" disparaît à son tour en 1989.
Autour des Studios Hergé
(Objectif Tintin remercie grimonpont, le capitaine Haddock, Milu, le professeur Tournesol, Piotr Szut, Tchang & Moulinsart pour cet article :-)
Commentaire de grimonpont:
Selon Emile Brami ("Céline, Hergé et l'Affaire Haddock", éditions Ecriture, novembre 2004), Robert Poulet aurait très bien pu prêter un exemplaire des "Bagatelles pour un massacre" de Céline à Hergé. Ce pamphlet serait, toujours selon Brami, à l'origine des jurons fleuris du Capitaine (voir sur ce site les débats alimentés par cette hypothèse).


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