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Tintinophile Les Archives Moulinsart
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16/10/2004 Le Soir publie chaque jour des petits textes sur Tintin... (ID:5040)

Moulinsart
... en parallèle à la publication quotidienne d'une planche du "Secret de la Licorne" version originale. Nous vous en avons déjà parlé.

Voici quelques-uns de ces textes amusant à lire.

Mr Boullock a disparu !

A l’heure où paraît le premier strip du « Secret de La Licorne », le Théâtre Royal des Galeries de Bruxelles frappait les trois coups de la dernière représentation de « Mr Boullock a disparu », une dramatique enfantine, où Tintin, Milou, Dupond et Dupont tentent de retrouver le mystérieux Mr Boullock, à l’aide d’un appareil à déceler la vérité. Des bandits peu scrupuleux essaieront d’empêcher le petit reporter de mettre la main sur le précieux engin devant permettre à Tintin de dénicher Mr Boullock. La mise en scène emmenait le public de Casablanca au Chili, avec un retour à Shanghai et une escale prémonitoire au Tibet ! Le comédien Roland Ravez tenait le rôle de Tintin.
Copyright Le Soir - 10 septembre 2004

Le portefeuille de Tintin

Les vols de portefeuilles émaillent le récit du « Secret de La Licorne » d’effets de suspense, brouillant les pistes du trésor du chevalier de Hadoque. L’idée de cette intrigue policière parallèle à la quête identitaire du capitaine Haddock s’est imposée à Hergé en feuilletant les journaux de l’époque. Entre juin et décembre 1942, période de publication du « Secret de La Licorne », notre Centre de documentation a relevé dans les pages du « Soir » volé, des dizaines de disparitions quotidiennes de portes-monnaie, portes-billets ou portefeuilles. Un « dangereux coupeur de poches » sévissait à Bruxelles. Au moyen d’une « sacagne », un objet dans lequel était fixées deux lames de rasoir de sûreté, le filou doué d’une grande adresse promenait son couperet sous la poche de ses victimes. Il pratiquait ainsi une ouverture dans la doublure du vêtement par laquelle il faisait glisser la bourse convoitée.
Copyright Le Soir - 7 octobre 2004

« Licorne » métamorphosée pour sa maquette

Ainsi périt la « Licorne », ce fier bateau dont le dessin n’avait cessé d’évoluer entre les premiers croquis de la maquette trouvée au vieux marché et celui qui figurera in fine sur la couverture de l’album. Le château arrière varie beaucoup entre la version publiée dans le « Soir volé » et celle de l’album. Pourquoi ? En fait, un ami d’Hergé, Gérard Liger-Belair, est en train d’élaborer une maquette du bateau encore anonyme. Au fil des mises au point de la maquette en trois dimensions, le dessin sera enrichi, complété, débarrassé des incohérences. Drisses et haubans sont davantage fidèles à ce qu’était un bateau de l’époque. « Je t’envoie le calque de la proue de la Licorne. Voudrais-tu avoir l’obligeance d’y adapter exactement la figure voulue et de m’envoyer ton dessin définitif ? J’ai pensé qu’il était préférable que tu fasses cela d’après mon dessin définitif », écrit Liger-Belair le 23 septembre 1942 à Hergé. Liger-Belair était spécialiste de petite aviation et petite navigation, à l’enseigne du « Petit constructeur », chaussée de Wavre à Bruxelles.
Copyright Le Soir - 6 octobre 2004

En route vers la Sainte-Barbe

Pourquoi appelle-t-on «la Sainte-Barbe » la pièce où l’on range la poudre des canons ? Barbe aurait été enfermée dans une tour par son père Dioscore. Sa fille s’étant malgré tout convertie au catholicisme, il la livra au gouverneur qui la fit supplicier et décapiter par Dioscore lui-même. Son geste perpétré, il fut frappé par la foudre. La tour, au cours des âges, finit par se confondre avec une poudrière.
Copyright Le Soir - 4 octobre 2004

Et une bouteille de rhum

Parmi les caractéristiques qui relient chevalier de Hadoque et capitaine, il y a le visage, l’exubérance, le goût des insultes exotiques et originales, mais aussi un penchant pour l’alcool. C’est en tout cas ce que le capitaine nous en dit, car jamais on ne voit le chevalier consommer ! Après Milou, c’est Haddock qui assumera le rôle comique lié à l’ivresse. Tintin, en effet, n’est jamais saoul qu’à l’insu de son plein gré (« l’Oreille » ou « Crabe »). Le capitaine, lui, s’évanouit dans l’Etoile mystérieuse à la première gorgée d’un verre d’eau et son ivresse poussera à faire chuter un avion, brûler une barque, quitter la fusée lunaire… Copyright Le Soir - 4 octobre 2004

Une beuverie fatale

La case 8 du secret de la Licorne à la page 22 de l'album, d’une facture inhabituelle, évoque un épisode précis : les hommes du pirate John Rackham passèrent les fêtes de Noël dans une petite île où ils burent et mangèrent tant que cette beuverie causa leur perte. En effet, un autre pirate, qui connaissait la passe étroite qui menait à l’île, vint les surprendre au gîte.
Copyright Le Soir - 2 octobre 2004

Voir par les yeux de Milou

Dans le secret de la licorne qui est republié chaque jour dans le journal le Soir, un procédé remarquable : les effets de l’alcool sur Milou. C’est Milou qui voit double, mais nous voyons aussi le verre et le décor en double, sans avoir bu de whisky. Le lecteur voit donc par les yeux de Milou, le lecteur est donc, au moins un instant, dans le corps du petit chien grâce à un procédé d’identification très innovant. Hergé l’avait déjà employé dans « L’île Noire », pour les mêmes motifs d’ivresse.
Copyright Le Soir - 2 octobre 2004

A l’ombre de la ligne claire

Fils d’un patron de café du commerce et Marollien sarcastique, Van Melkebeke était un amateur d’histoires étranges, de Jules Verne et de cinéma expressionniste. Ami intime de Jacobs, futur créateur de Blake et Mortimer, puis de Hergé, ce provocateur-né souffla à l’oreille des maîtres de la ligne claire de nombreuses pistes de scénarios. Pendant la guerre, il a participé aux discussions préparatoires du « Secret de la Licorne » et figure à l’avant-plan, au Vieux Marché. Hergé et Van Melkebeke dessinaient des récits pour enfants dans "Le Soir volé".
Copyright Le soir - 11 septembre 2004

Tintin, ketje de Bruxelles

Le vendeur du marché aux puces parle français avec l’accent bruxellois. Il présente « La Licorne », ce fier vaisseau du voyage, du rêve, des vastes horizons et des espaces illimités, comme une « caramelle de l’ancien temps ». Quand Tintin marchande le prix, « Allez, c’est bon… » pour lui. Et lorsque le collectionneur Sakharine tente de surenchérir, « Ça veut juste réussir » que le bateau est vendu ! La réécriture des phylactères dans une typographie plus contemporaine et le succès international des albums de Tintin auront raison de ces expressions savoureuses aux saveurs trop exotiques.
Copyright Le Soir - 13 septembre 2004

L’art et la mer de Hadoque

En juin 1942, Alexandre Berqueman publie « L’Art et la Mer » un ouvrage consacré aux passionnés de modélisme maritime. Ce collectionneur bruxellois communiquera à Hergé l’amour des maquettes de navires. Il mettra l’auteur en garde contre l’invasion commerciale des caravelles. Selon Berqueman, ces vaisseaux miniatures bon marché dévalorisaient l’idée de ce que peut être un beau modèle de bateau. Hergé soignera les détails historiques de « La Licorne » pour ne pas décevoir cet artiste du modélisme. Les approximations repérées au cœur de la tempête créatrice du récit seront toutes corrigées avant publication en album.
Copyright Le Soir - 14 septembre 2004

Les p'tits bateaux ont-ils...

Comme le souligne Berqueman dans son « L’art et la mer », l’engouement pour l’histoire maritime est récent dans les années trente. Ce qui a changé ? La création dans les villes de groupes de constructeurs de modèles de bateaux. Le Model Yacht Club de Bruxelles se réunit à Watermael-Boitsfort dans un local en bordure de la pièce d’eau de Tenreuken, le long du boulevard du Souverain, qui serpente alors quasi dans la campagne. Coïncidence ? Le club de modélisme se réunit à quelques centaines de mètres de la maison où travaille… Hergé, avenue Delleur. Aujourd’hui, le club existe toujours et seule une invasion d’algues a forcé les modélistes à changer de pièce d’eau pour celles du musée de l’Afrique à Tervuren.
Copyright Le Soir - 15 septembre 2004

Une métamorphose navale

Dans l’album « le secret de la Licorne », les premiers dessins du vaisseau seront retouchés, ainsi que le montre notre illustration. En 1942, le lecteur attentif avait déjà pu remarquer la métamorphose progressive du bateau du vieux marché : Château arrière rehaussé et décoré d’un large soleil très « Louis XIV », double rangée de sabords (panneaux de protection des canons).
Copyright Le Soir - 15 septembre 2004

Un mythe comme petit nom

On découvre dans « le secret de la Licorne » que le bateau de Hadoque a un nom. Mais d’où vient cette Licorne ? Il existe une rue de la Licorne à Woluwe-St-Lambert, mais tracée en 1954, bien après l’album de Tintin. Il existait cependant une rue de la Licorne à Bruxelles. Elle se trouvait à un saut de puce du Vieux Marché, au cœur du quartier où vivait Jacques Van Melkebeke, l’ami d’Hergé qui participa aux discussions préparatoires du scénario de « La Licorne ». Cette rue de la Licorne devint rue du Manège puis de la Folie et est aujourd’hui coupée en rue Van Moer et rue… Dupont ! Les habitants continuèrent cependant à utiliser la « Licorne » comme lieu-dit, à cause de l’enseigne locale de l’auberge de la Licorne d’Or.
Copyright Le Soir - 16 septembre 2004

Un bateau à pedigree

La Licorne a-t-elle réellement existé ? L’histoire de la marine ne manque pas de bateaux de ce nom. Mais sous Louis XIV, il semble qu’il n’y en ait pas eu de française, mais bien une hollandaise de 56 canons, dont le capitaine Gerrit Neustadt traita par le dédain six chaloupes corsaires françaises lors du siège de Dunkerque. Mal lui en prit, puisque les embarcations légères, commandées par le chevalier de La Pailleterie, s’en emparèrent le 4 juillet 1702, juste 4 ans après le naufrage du bateau du chevalier de Hadoque. Il y eut aussi à cette époque plusieurs « Unicorn » anglaises et au moins une danoise. Toutefois, les sources d’Hergé furent multiples : il s’inspira de la poupe d’un autre navire, Le Brillant, mais il en réduisit fort le nombre de canons.
Copyright Le Soir - 16 septembre 2004

L’alchimie de Sakharine

Au moment où Ivan Ivanovitch Sakharine, le collectionneur de navires miniatures, fait son apparition dans « Le Secret de La Licorne », le sucre se fait rare en Belgique occupée. Des petites annonces sont publiées dans les journaux pour vendre ou acheter « toutes quantités disponibles » de Saccharine, une substance chimique dont la saveur est proche du sucre. Sans certitude, l’une de ses petites annonces a pu inspirer à Hergé le nom de ce personnage secondaire à la mine plutôt patibulaire. Tintin soupçonnera à tort Ivan Ivanovitch Sakharine d’avoir tenté de lui dérober le modèle réduit du vaisseau de « La Licorne » Au début de cette histoire, Hergé prend un malin plaisir narratif à envoyer son petit reporter sur de vraies fausses pistes… Copyright Le Soir - 17 septembre 2004

Je dirais même plus, lapsus !

Le 11 juin 1942, en première page du "Soir volé", dans les colonnes de la Petite Gazette, un pavé publicitaire annonçait aux lecteurs le début des « nouvelles aventures extraordinaires de Tintin et Milou avec le capitaine, les détectives Durand-Durant et toute la troupe ». Un pataquès digne des plus invraisemblables lapsus des Dupond-Dupont ! Copyright Le Soir - 17 septembre 2004

Hergé en voie de guérison

Début juillet 1942, Hergé tombe malade et « Le Secret de La Licorne » s’interrompt en plein suspense après la parution du 21e strip, à l’instant où Tintin pense avoir découvert sa « Licorne » dans la salle de marine du collectionneur Sakharine. Pour calmer les lecteurs, un mot d’excuse paraîtra le mardi 14 juillet 1942 : « Bientôt la suite des aventures de Tintin et Milou. Yvan Yvanovitch Sakharine n’a toujours pas répondu. La patience de Tintin, et celle de nos lecteurs, est soumise à une rude épreuve. Heureusement, notre ami Hergé est en bonne voie de guérison. L’épreuve touche à sa fin… ».
Copyright Le Soir - 18 septembre 2004

Tintin et Milou en couleur

En 1942, Casterman convainc Hergé de republier les premiers albums de Tintin en couleur. Le maître de la ligne claire craignait de voir son héros perdre la force du trait et refusera les dégradés, préférant les aplats de couleurs. Casterman lui imposera de refondre les histoires en 62 planches pour économiser le papier. L’auteur engagera Alice De Vos, première collaboratrice des futurs studios Hergé pour mener ce travail de front avec « Le secret de La Licorne ».
Copyright Le Soir - 18 septembre 2004

Tintin et Madame Chapeau

Si la maîtresse de Mirza a fui la drache pour s’abriter dans une cabine téléphonique, à la profonde exaspération de Tintin, c’est sans doute pour protéger son précieux « bibi ». A l’époque où Hergé dessine « Le secret de La Licorne », ces chapeaux minuscules ont la cote auprès des dames. Dans les revues et les magasins de mode, ils s’affichent haut perchés, peu raisonnables, et guère plus gros qu’un chou de Bruxelles. Ils se piquent de quelques brins d’aigrettes et s’auréolent parfois d’une plume d’automne. Un large ruban fait le tour de la tête pour qu’ils puissent se pavaner en équilibre sur le front. Z’avez pas vu Mirza ?
Copyright Le Soir - 20 septembre 2004

Le portefeuille de Dupont

L’intrigue des vols de portefeuilles, qui participe à la réussite narrative du « Secret de la Licorne », est l’un des rares éléments d’actualité de ce récit d’évasion. En 1942, les journaux relataient quotidiennement la disparition de bourses, de porte monnaie et de portefeuilles. Hergé en fait un gag récurrent sur lequel trébuchent des Dupondt dépourvus de tout sens de l’observation. Mais l’enquête sur ces banals faits divers nourrit aussi de manière subtile les rebondissements de la quête au trésor. C’est la première fois qu’un scénario de Tintin faisait l’objet d’une telle construction préalable.
Copyright Le Soir - 21 septembre 2004

Ne pas confondre fer-blanc et naviguer de conserve

La graphie manuscrite ancienne, ressemblant plus à un « f » qu’à un « s », figurant sur le parchemin retrouvé par Tintin, a désorienté autant les jeunes lecteurs que cette étrange expression : « naviguer de conserve ». Rien à voir pourtant avec les boîtes en fer-blanc, la conserve moderne en verre étant inventée en 1809. En termes de marine, il s’agit en fait pour des navires de se protéger, de se « conserver », en naviguant ensemble. Se dit des vaisseaux qui vont en mer de compagnie pour se défendre, s’escorter et se secourir les uns les autres, nous dit Antoine Furetière dans son dictionnaire! On dit aussi dans le même sens, aller de flotte, ou bailler cap à un autre vaisseau, ou à la flotte. Si l’expression reste rare, étant souvent confondue avec « aller de concert », dont le sens est voisin, elle reste utilisée chez les marins. Les pirates n’ayant pas disparu, les navigateurs modernes estiment que l’on trouve toujours d’autres voiliers prêts à naviguer de conserve pour passer quelques endroits à mauvaise réputation.
Copyright Le Soir - 22 septembre 2004

« Tintin, tu es un véritable Sherlock Holmes ! »

Alors que Tintin pense avoir percé les intentions du voleur… de parchemin du « Secret de la Licorne », Milou ironise encore : « Tintin, tu es un véritable Sherlock Holmes ! ». Dans « Les 7 boules de cristal », le capitaine prend le relais. En pleine enquête sur la disparition de Tournesol, Tintin se penche sur les traces de pneus de la voiture abandonnée par les ravisseurs. Haddock, impatient, lui lance : « Eh bien, Sherlock Holmes ?… Vous trouvez quelque chose ?… ». En 24 albums, Tintin se fera traiter trois fois de Sherlock Holmes. Avant que Tintin ne s’installe à Moulinsart avec le capitaine Haddock, Milou ne se privait pas de faire la morale à son jeune maître parfois présomptueux. Maniant l’ironie avec beaucoup de chien, il traitera Tintin de Sherlock Holmes à deux reprises. Dans « L’oreille cassée », quand le petit reporter se prend la tête avec le vol du fétiche Arumbaya, Milou se rit de ses déductions hâtives : « Encore un peu et il se croira aussi fort que Sherlock Holmes!
Copyright Le Soir - 23 septembre 2004

Les concierges de Tintin

Peu de femmes dans les aventures de Tintin, hormis le célèbre rossignol. C’est dans le « Secret de La Licorne » que la gent féminine est la plus représentée. Outre une grosse dame réfugiée avec Mirza dans une cabine téléphonique, ce sont les concierges à balais et chignons qui tiennent la vedette. Sur les 5 présentes dans les aventures de Tintin, trois sont réunies ici : Madame Pinson, concierge de Tintin, celle du capitaine Haddock, qui sera remplacée par Nestor, et la commère d’opérette de M. Sakharine que nous croiserons sur le trottoir le 7 octobre…
Copyright Le Soir - 24 septembre 2004

Une épopée vraisemblable

Dans le « secret de la Licorne », Hergé ne choisit pas une époque au hasard. En 1698, Louis XIV vient de perdre la guerre contre de grandes puissances maritimes. Mais la France récupère la moitié de Saint-Domingue, dans les Antilles. Son exploitation nécessite une liaison maritime commerciale et militaire, puisque cette île se trouve à seulement 40 milles de la Tortue, haut lieu de la piraterie. Si la Licorne est effectivement un vaisseau de 3e rang, doté donc de 50 à 60 canons et de 350 hommes. C’est donc plutôt un navire de guerre que de transport commercial. Ce qui explique sans doute que la seule cargaison mentionnée soit… du rhum.
Copyright Le Soir - 25 septembre 2004

Gare au pavillon noir

La première apparition du drapeau noir date de deux ans après le récit du naufrage de la Licorne, en 1700. C’est le capitaine d’un navire britannique attaqué au large de Santiago de Cuba par un pirate français du nom d’Emmanuel Wynne qui avait décrit un pavillon noir avec tête de mort, tibias croisés et sablier, symbole du peu de temps restant à l’adversaire pour prendre la décision de se rendre. Le crâne et les tibias sont le symbole de la mort pour quelques armées européennes au Xve siècle avant que les pirates en reprennent le symbole. La version qui voit les tibias remplacés par 2 sabres est attribuée au pirate Jack… Rackam. Hergé a corrigé son premier dessin: le drapeau était fixé par 6 coulisses impossibles à manœuvrer.
Copyright Le Soir - 27 septembre 2004

Une rambarde trop loin...

Autre modification: manifestement soucieux de la sécurité de l’homme de vigie, Hergé dessine une large rambarde pour lui permettre de s’appuyer, ignorant peut-être le légendaire équilibre des marins et ne prévoyant pas d’accès à la plate-forme, la rambarde de bois la rendant inaccessible par le bas. Dans l’album, l’image est corrigée et le marin s’accroche au filet qui lui permet aussi de grimper vers la plate-forme.
Copyright Le Soir - 27 septembre 2004

Au près le plus serré...

Hergé, qui disposait d’ouvrages spécialisés qui décrivaient les différentes manœuvres des bateaux d’époque, n’employait pas les termes maritimes à mauvais escient pour le secret de la Licorne. Ainsi, quand il fait dire au chevalier de Hadoque que le pirate « serre le vent au plus près », il s’agit bien de désigner le « près », c’est-à-dire cette allure dans laquelle le voilier, toutes voiles bordées, fait route dans une direction si proche de celle d’où vient le vent que son cap fait un angle assez faible (40 à 70º) avec le lit du vent (comme le lit d’un fleuve). Copyright Le Soir - 28 septembre 2004

Un drapeau rouge sang

Le drapeau noir faisait trembler, le rouge ne laissait plus aucun espoir, puisqu’il signifiait « La mort pour tous » ou « Pas de quartier ». Les pavillons pirates étaient le plus souvent des bouts de grosse toile cousus à grands points par les voiliers du bord. Les historiens pensent que les boucaniers et pirates français de la mer des Caraïbes appelaient leur pavillon rouge: « le joli rouge » avec le « e » de « rouge » accentué. Les Britanniques auraient déformé cette appellation en « Jolly Roger », qui aurait été conservée pour le drapeau noir. On voit que, dans l’album "le secret de la Licorne", Hergé a corrigé également ce pavillon, qui était d’abord fixé avec des coulisses impossibles à manœuvrer du pont. Autre petite erreur : le navire pirate, qui n’a que deux mâts, ne peut avoir de « mât d’artimon » puisqu’il s’agit du mât le plus arrière des navires à trois mâts et plus.
Copyright Le Soir - 28 septembre 2004

Haddock ou Hadoque

C’est dans cette séquence particulière et dans la dernière case, qui sera agrandie à la taille d’une demi-page, que le capitaine Haddock vit véritablement une deuxième naissance. La première, comme personnage dans le « Crabe », l’avait laissé sans passé, sans racines. Il était en « retard » de huit albums sur Tintin. L’histoire de la « Licorne » le place au centre du récit et lui consacre un passé ainsi étoffé. Hergé utilise une astuce graphique en dotant Haddock du chapeau et du sabre de Hadoque. Dans les 2 dernières cases publiées aujourd’hui, les deux personnages sont quasi décalqués dans le même mouvement, à 150 ans de distance. Dans ce combat, on glisse de l’un à l’autre pour faire coexister passé et présent. Colériques, exubérants, éructants, soûlés de rhum, chevalier et capitaine ne font plus qu’un.
Copyright Le Soir - 29 septembre 2004

Un gouvernail ou pas ?

À de nombreuses reprises, Hergé utilise, pour meubler l’appartement de Haddock, des photographies et maquettes inspirées de celles de la belle salle de marine d’Alexandre Berqueman, collectionneur qui vient de publier « L’art et la mer », dont les pages servent de référence à Hergé (qui met en place, en clin d’œil, un exemplaire sur une table chez le collectionneur Sakharine). C’est aussi dans cette salle que figure la roue de gouvernail originale, transformée en lustre et que Haddock décroche malencontreusement. Hergé, cette fois, ne s’est pas laissé piéger et n’a pas intégré cet accessoire dans le décor de la Licorne : la roue de gouvernail ne sera en effet inventée que vers 1750, un demi- siècle après l’époque évoquée. Des croquis préparatoires prouvent néanmoins qu’il avait failli l’être et montrent un tel accessoire devant le mat de la Licorne. Berqueman était un chaud partisan de la création d’un musée public de la marine.
Copyright Le Soir - 30 septembre 2004

Où est passé le Labrador ?

Tintin, on le sait depuis "L’Oreille cassée", habite rue du Labrador. Pas de rue de ce nom à Bruxelles, ville par ailleurs clairement identifiée par certains décors et symboles, dont le célèbre Vieux Marché. Une rue proche s’appelle Terre-Neuve, province du Canada qui comprend une grande partie du... Labrador.
Malheureusement, le 26 rue Terre-Neuve n’est pas identique au dessin d’Hergé.
Mais, même dans le quartier d’aujourd’hui, entre lofts installés chez un ancien marchand de bois et l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, on retrouve l’atmosphère des petites rues encaissées et des petits immeubles à plusieurs appartements.
Pour un peu, on s’attendrait à voir Madame Pinson balayer sur son seuil...
Copyrighyt Le Soir - 11 octobre 2004

Tintin sans voiture

Les avions, les trains, les motos et les voitures étaient jusqu’ici des moteurs indispensables de l’action dans les aventures de Tintin.
Avec le récit d’évasion de « La Licorne », le lecteur attendra le 83e strip avant de voir un véhicule faire irruption dans les cases!
A l’époque où Hergé dessine cet album, les Allemands rationnent l’essence en Belgique. Dans l’impossibilité de faire le plein, ceux qui ne peuvent se passer de leur voiture optent pour le gazogène au bois ou l’autogénérateur au carbure de calcium. Aux difficultés d’approvisionnement en carburant vient s’ajouter l’instauration du permis de conduire obligatoire. Il entre en vigueur au mois d’octobre 1942, non pas pour des raisons de sécurité mais parce que le commandement militaire allemand entend mieux contrôler les véhicules en circulation.
Dans ce contexte, Hergé dessine des rues et des routes sans voitures. En dehors du bolide des frères Loiseau, d’un faux camion de déménagement et de deux autos entraperçues par Milou dans la campagne de Moulinsart, les héros sont contraints de marcher au pas, comme toute la Belgique occupée.
Copyright Le Soir - 12 octobre 2004

"Dupondt, de flèch is af ! "

A l'époque, les vieux trams bruxellois s’alimentaient à l’aide d’une flèche électrique qui se décrochait fréquemment, entraînant des retards.
En patois local, les passagers criaient alors au wattman : « Jef, de flèch is af ! » (Jef, la flèche est tombée).
Mais en 1942, l’attente prolongée des Dupondt est d’une autre nature. Les deux détectives ont terminé leur journée. La nuit est tombée. Ils ignorent que l’autorité allemande vient de décider de supprimer 200 arrêts facultatifs, de réduire le service entre 6 et 7 heure du matin, de même que le soir entre 20 et 22 h.
Hergé utilise dans "Le secret de la Licorne" les Dupondt pour faire subtilement allusion à ces arrêtés impopulaires de l’occupant sans alarmer la censure.
Dans la version couleur, la case de « ce tram qui n’arrive pas » sera supprimée. Hors du contexte de l’actualité, elle avait perdu de son sens caché.
Copyright Le Soir - 13 octobre 2004

Pick-pockets sur les trams bruxellois

Pick-pockets et autres « tireurs » subtilisaient allégrement les portefeuilles sur les plates-formes des tramways bruxellois qu’Hergé empruntait en 1942 pour venir livrer les strips du « Secret de La Licorne » à l’imprimerie du « Soir » volé, rue Royale, à Bruxelles.
Pendant la publication de cette aventure de Tintin, le Centre de documentation a relevé la liste d’une trentaine de victimes de fripons qui ont inspiré à Hergé le personnage kleptomane d’Aristide Filoselle. Les arrêts de tram comme celui où patientent les Dupondt dans "Le Secret de la Licorne" étaient la cible favorite de ces audacieux gredins. Les sommes subtilisées le plus souvent à la tombée de la nuit étaient rondelettes. Des dizaines de milliers de francs, des tickets de rationnement, des papiers d’affaires, des bijoux s’envolaient chaque semaine.
À l’image des deux détectives, la plupart des victimes étaient dans l’incapacité de donner un signalement du voleur.
Copyright Le Soir - 14 octobre 2004

Tintin en portugais

Le 30 octobre 1942, Hergé est contacté par le « Diabrete » de Lisbonne, qui souhaite publier « les belles aventures de Tin-Tin » dans « le plus grand journal portugais pour enfants ». A cette époque, « Tin-Tin » paraissait déjà dans le « Papagaio », un concurrent du « Diabrete », où ses exploits avaient acquis « une extraordinaire popularité » auprès de « milliers de petits lecteurs ». Mais le « Papagaio » traversait une grave crise financière. Le patron du « Diabrete » en profitait pour tenter de convaincre Hergé de transférer ses droits. « Je me figure donc, disait-il, que vous serez disposé à m’accorder l’exclusif de la traduction et publication de Tin-Tin. Je formule cette proposition avec la plus grande loyauté et son acception de votre part n’atteindrait en rien la droiture de votre esprit que j’apprécie tant, et vous apporterait une plus équitable rétribution de votre travail magnifique. »
Copyright Le Soir - 16 octobre 2004

Coordonnées:
www.lesoir.be

(Objectif Tintin remercie Snowy, Szut, Rackham le Rouge, Cutts the butcher, Georges Remi & Thompson pour cet article :-)


Commentaire de diaulig:
Il y a aussi des portraits des personnages, dans une rubrique "les amis et les ennemis". En tout cas la visite du site est à ne pas manquer, et un grand merci aux responsables du journal pour partager ses infos. Bien amicalement, Diaulig
Georges Remi

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