 

"Hergé Fils de Tintin" par Benoît Peeters
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Benoît Peeters est scénariste de bande dessinée (voir notamment Les Cités obscures avec François Schuiten), réalisateur de cinéma et l'un des meilleurs connaisseurs de la bande dessinée à laquelle il a consacré plusieurs ouvrages dont La Bande dessinée (Flammarion, Dominos, 1995). Il est également l'un des meilleurs spécialistes d'Hergé et l'auteur de l'ouvrage de référence Le Monde d'Hergé (Casterman).
Une biographie de Hergé créateur où les albums de Tintin sont lus comme un journal où transparaissent les événements, publics ou privés qui marquèrent Georges Remi. En quelque sorte, un roman de formation où le personnage semble avoir construit son auteur. Benoît Peeters a découvert de nombreuses sources inexploitées jusqu'à ce jour, dont deux correspondances essentielles : celles d'Hergé avec sa première femme (Germaine Kieckens) et son premier secrétaire (Marcel Dehaye). Ces lettres révèlent un Hergé fragile et tourmenté, un homme lucide mais dépressif qui songea à arrêter Tintin dès les années 40. B. Peeters a également rencontré de nombreux témoins, depuis le début des années 80, dont plusieurs qui n'avaient jamais été interrogés. Il se penche notamment sur une question qui passionne beaucoup de « tintinophiles », celle des «scénaristes de l'ombre» qui aidèrent le père de Tintin pour plusieurs de ses histoires.
"Hergé, fils de Tintin" par Benoît Peeters - Editions Flammarion Novembre 2002
Voici grâce au site français labd.com (http://www.labd.com) quelques infos complémentaires sur ce livre sur la vie et luvre du
fils de Tintin : Hergé ! Une somme qui veut simposer comme LA référence sur le dessinateur belge.
« Encore un livre sur Hergé ? » sexclament peut-être certains dentre vous. Ils devraient plutôt dire : « Enfin ! ». Car "Hergé, fils de Tintin" veut être le premier ouvrage tintinesque qui aborde sans complaisance, mais aussi sans haine, la personnalité complexe et fondamentale de Georges Remi, père de la bande dessinée moderne en Europe.
Benoît Peeters, qui interviewa plusieurs fois Hergé entre avril 1977 et décembre 1982, connaît bien son sujet : il y réfléchit depuis plus de vingt-cinq ans, livrant ses recherches à travers une monographie (Le Monde dHergé, chez Casterman en 1983), une analyse des Bijoux de la Castafiore (Les Bijoux ravis, chez Magic-Strip en 1984), une édition intégrale de l'oeuvre (L'Univers d'Hergé, chez Rombaldi en 1988) et plusieurs documentaires pour la R.T.B.F. et Arte.
Cette biographie, Peeters y songeait depuis longtemps, pour tenter de « comprendre le miracle de cette uvre ». Avec ses quelques cinq cent pages, ce livre est si impressionnant quil évoque, tant dans la précision documentaire que le dévoilement de la vie privée, lincontournable Hitchcock, la face cachée dun génie de Donald Spoto. En effet, Peeters ne cache rien des erreurs et des errements de Georges Remi. Mais il ne cherche ni à condamner ni à excuser. Pour la première fois sans doute, un biographe sest penché sur le destin dHergé avec la volonté de comprendre et non pas de verser dans lhagiographie ou le règlement de compte.
Un homme sous influence
Ce que Benoît Peeters montre entre autres choses avec beaucoup dacuité, cest combien Hergé pouvait se montrer perméable aux idées de ceux quil admirait. Il y eut bien sûr lAbbé Wallez et Tchang Tchong Jen. Mais il y eut aussi beaucoup dautres personnes souvent reléguées dans lombre, à commencer par son ami dadolescence Philippe Gérard, qui lui suggère parfois des idées : cest lui qui inspirera par exemple la création de Flupke, puis Le Sceptre dOttokar. Il y eut aussi et peut-être surtout sa première épouse, Germaine Kieckens : véritable soutien moral, cette femme fut aussi la première assistante dHergé, impliquée à un point tel dans la création de son mari quelle fut souvent surnommée « Hergée ». Il y eut encore létonnant Raymond De Becker, rédacteur en chef du Soir volé et ami dHergé depuis les années 30, qui lui conseilla grand nombre de lectures, dont Jung. Il y eut enfin Jacques Van Melkebeke et Edgar Pierre Jacobs, qui comptèrent beaucoup dans la genèse (scénaristique pour le premier et graphique pour le second) de Tintin. Et quelques autres encore
Hergé sait sappuyer sur les connaissances de ses proches pour nourrir sa réflexion et son imaginaire. Pour le meilleur, comme pour le pire. Porté par son ambition et par son milieu d'origine (la droite catholique), le dessinateur n'a pas toujours mesuré la portée de ses actes, notamment en dessinant l'antisémite Etoile mystérieuse pendant l'Occupation dans les colonnes d'un journal qui se réjouissait régulièrement de la répression contre les Juifs. Si Peeters ne cherche pas à minimiser les dérives collaborationnistes d'Hergé, il se garde d'en faire, contrairement à Pierre Assouline, le sujet principal de son livre. Car ce qui intéresse par-dessus tout le biographe, c'est le parcours du créateur.
Un créateur lucide et tourmenté
Ce créateur est bien loin de limage lisse et policée, pour ne pas dire fade, que Hergé avait souhaité donner de lui-même en public. Celui qui répétait inlassablement, lorsquon lui demandait de sexpliquer sur son uvre, quil nétait « quun pommier qui fait ses pommes », avait, en privé, une vision incroyablement précise de ce qui faisait à ses yeux une bande dessinée de qualité. Benoît Peeters a su extraire de la correspondance du dessinateur quelques phrases éclairantes sur la poétique dHergé. Pour lui, une bande dessinée de qualité doit dabord et surtout se faire l'écho direct de la réalité, aussi bien dans la représentation graphique du monde que dans le choix des sujets. Là tient sans doute en grande partie toute la modernité des aventures de Tintin. Et le fait que le journal Tintin ait fini par constituer, jusqu'au milieu des années 60, une sorte d'école de Bruxelles, à travers les oeuvres d'émules de ce qu'on appelait pas encore la ligne claire : Edgar P. Jacobs, Jacques Martin, Willy Vandersteen, Bob De Moor et, dans une moindre mesure, Tibet, François Craenhals, Jean Graton et Albert Weinberg.
Mais Peeters montre aussi combien le lien qui unissait Hergé à sa créature, Tintin, s'est distendu au fil des années. Combien les Studios Hergé, qui avaient été créés pour le soulager de certaines tâches, vont devenir une contrainte que le dessinateur se contentera de gérer à la manière d'un patron de petite entreprise... L'entente plus ou moins cordiale qui règna dans les bureaux de l'avenue Louise et les rivalités entre collaborateurs (Baudoin Van den Branden de Reeth versus Jacques Martin, Josette Baujot versus Fanny Vlamynck, etc.) sont évoquées sans détour... Au même titre que des épisodes beaucoup plus intimes de la vie de Georges Remi : ses origines mystérieuses, ses blessures d'enfance, ses adultères réguliers à partir de la fin des années 40, etc. Mais tous ces événements sont évoqués avec tact, s'appuyant constamment sur des citations de documents privés comme la correspondance d'Hergé avec son secrétaire Marcel Dehaye, mais aussi les carnets intimes de son épouse Germaine.
Benoît Peeters vient de livrer avec cette biographie une référence indépassable sur la vie et l'uvre d'Hergé : synthèse des recherches antérieures (les siennes propres comme celles de ses confrères) et de découvertes plus récentes, cet ouvrage dessine avec évidence le portrait d'un homme pétri d'idéal, mais nourri de contradictions, d'un créateur en prise avec le monde, mais quittant rarement l'Europe, d'un fils de Tintin souvent écrasé par ce modèle inaccessible qu'il avait lui-même imaginé et qu'il lui fallut mettre à distance pour se réaliser pleinement...
Benoît Mouchart - Site www.labd.com - Photos Flammarion, R.T.B.F. / Arte
Commentaire de Thomas : La meilleure biographie sur Hergé. Beaucoup plus chaleureuse que celle d'Assouline.
Commentaire de Dim : J'ai "dévoré" cette biographie qui se lit comme un roman ... A lire absolument.
A tout à coup,
Dim
Commentaire de jdahmer@microso : J'ai déjà lu celle d'Assouline et j'ai été terrifié par les révélations sur les amitiés d'Hergé pour des individus pour le moins ignobles;que vais je trouver dans celle ci ?
Commentaire de Dim : Pareil mais avec plus de compassion ...
(Objectif Tintin remercie le capitaine Haddock, Struppi, Tryphon Tournesol, Dupont, Rastapopoulos & Tchang pour cet article :-)
Commentaire de Langlois:
A noter que la seconde édition publiée dès décembre 2002 corrige, entre autres légères rectifications, une affirmation de la première, selon laquelle Jacques Martin dans son extrême jeunesse "aurait trempé dans la Collaboration" pour avoir publié des dessins dans la revue vichyssoise "Je maintiendray"(p.352). Martin à la lecture de la 1ère version avait menacé Peeters d'un procès s'il ne lui versait pas une (très forte) indemnité en dommages et intérêts! Finalement l'affaire semble en être restée là après que Peeters a modifié la phrase incriminée.
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